L'emprise cognitive : quand la guerre de l’information reproduit les stratégies de l’agresseur intime.

Février 2022. L'invasion russe de l'Ukraine révèle au grand public européen l'ampleur des campagnes de manipulation informationnelle qui préparent, accompagnent et justifient l'agression. Déni de l'existence même de l'Ukraine comme nation, réécriture permanente de l'histoire, inversion victimaire systématique, isolation des populations cibles... Ces techniques ne sont pas nouvelles. Elles reproduisent, à l'échelle géopolitique, des mécanismes que les psychologues cliniciens connaissent intimement : ceux de l'emprise¹.

Cette analogie n'est pas métaphorique. Elle révèle une homologie structurelle entre deux formes de domination cognitive qui opèrent selon les mêmes principes, mobilisent les mêmes vulnérabilités psychologiques, et produisent les mêmes effets de sidération et de désorientation. Qu'il s'agisse d'un partenaire violent enfermant progressivement sa victime dans une réalité alternative, ou d'un État autoritaire tissant un écosystème informationnel captif autour de populations entières, les mécanismes à l'œuvre sont identiques.

Comprendre cette filiation n'est pas un exercice académique. C'est une nécessité stratégique. Nos démocraties, formées à repérer les agressions cinétiques, peinent à identifier et à contrer ces formes d'agression cognitive qui ne passent ni par les armes ni par la coercition physique, mais par la manipulation systématique de l'environnement informationnel. Les victimes d'emprise conjugale mettent en moyenne plusieurs années à identifier leur situation et à en sortir². Combien de temps faudra-t-il à nos sociétés pour développer les anticorps cognitifs nécessaires face à ces stratégies d'influence malveillante ?

Cette tribune propose d'explorer les cinq mécanismes fondamentaux de l'emprise et leur transposition à l'échelle des stratégies de guerre informationnelle. Elle interroge ensuite les implications de cette grille de lecture pour la conception de nos dispositifs de résilience cognitive et de lutte contre les manipulations de l'information. Car si les mécanismes sont les mêmes, les leviers de sortie pourraient l'être aussi.

I. L'ARCHITECTURE DE L'EMPRISE : CINQ MÉCANISMES

1. L'isolation informationnelle et le contrôle de l'écosystème cognitif

Le premier mécanisme de l'emprise consiste à isoler progressivement la victime de ses repères extérieurs. L'agresseur éloigne son/sa partenaire de sa famille, de ses amis, de ses collègues, de tous ceux qui pourraient offrir un point de vue alternatif sur la relation. Cet isolement n'est jamais brutal : il procède par glissements successifs, justifications apparemment rationnelles mais aussi créations de conflits avec l'entourage. L'objectif est d'établir un monopole informationnel : devenir l'unique source d'interprétation du réel pour la victime³.

À l'échelle étatique, ce mécanisme prend la forme du contrôle de l'écosystème informationnel. La Russie en offre l'exemple le plus abouti. Depuis 2012 et l'arrivée de Poutine à son troisième mandat présidentiel, le Kremlin a progressivement asphyxié les médias indépendants. La loi sur les « agents de l'étranger » (2012)⁴, l'interdiction des « organisations indésirables » (2015)⁵, le blocage systématique des réseaux sociaux occidentaux (Twitter en 2022, Facebook, Instagram), la fermeture des derniers médias libres (Novaïa Gazeta, Echo de Moscou, TV Rain) : chaque étape resserre l'étau cognitif.

Le résultat est un espace informationnel hermétique où 65% de la population russe et 85% des plus de 55 ans déclarent avoir la télévision d'État comme source principale d'information⁶. Mais l'isolation ne se limite pas au territoire russe. Les populations russophones à l'étranger sont ciblées par un écosystème médiatique parallèle (RT, Sputnik, réseaux Telegram) qui les maintient dans une bulle informationnelle russe. Comme l'agresseur qui accompagne sa victime à chacune de ses sorties pour contrôler ses interactions, le Kremlin suit ses diasporas dans leur exil informationnel.

Cette stratégie d'encerclement cognitif explique pourquoi le fact-checking s'avère si peu efficace contre les narratifs russes : il présuppose l'existence d'un espace informationnel partagé où confronter les sources. Or, précisément, cet espace a été détruit. Tenter de « débunker » une fake news russe pour quelqu'un plongé dans cet écosystème captif revient à expliquer à une victime d'emprise que son partenaire ment : l'information ne peut simplement pas être traitée, car tous les cadres de référence ont été réalignés.

2. Le gaslighting institutionnel et la manipulation de la réalité partagée

Le terme « gaslighting » désigne une forme de violence psychologique où l'agresseur nie systématiquement les perceptions de sa victime, l'amenant progressivement à douter de sa propre santé mentale. « Tu imagines des choses », « tu es trop sensible », « ça ne s'est jamais passé comme ça » : la réalité vécue est constamment réécrite, réinterprétée, invalidée. Ce qui génère chez la victime un état de confusion cognitive permanent et une dépendance croissante au « cadrage » que lui propose l'agresseur⁷.

Les stratégies de désinformation d'État fonctionnent selon ce même principe de mise en doute systématique de la réalité partagée. La Russie a porté cette technique à un niveau de sophistication inédit. Lorsque le vol MH17 est abattu au-dessus de l'Ukraine en juillet 2014, tuant 298 personnes, le ministère de la Défense russe produit en quelques jours pas moins de sept versions contradictoires des faits⁸. Il ne s'agit pas de proposer une contre-vérité crédible, mais de saturer l'espace informationnel de récits incompatibles pour rendre impossible l'établissement des faits.

Cette stratégie du « firehose of falsehood », documentée par la RAND Corporation, vise explicitement à détruire la notion même de vérité vérifiable⁹. Quand tout et son contraire sont affirmés avec la même assurance, la réalité devient une affaire d'opinion. Comme le résume Peter Pomerantsev, chercheur spécialiste de la propagande russe : l'objectif n'est pas de convaincre mais d'épuiser au point que les citoyens ne croient plus en rien¹⁰.

Cette fatigue cognitive est précisément ce que recherche l'agresseur dans l'emprise conjugale. Usée par les contradictions permanentes, incapable de s'appuyer sur sa propre perception du réel, la victime finit par renoncer à son jugement autonome et s'en remet à l'interprétation que lui impose son partenaire. De même, face au déluge de fausses informations et de théories conspirationnistes, nombre de citoyens développent ce que les chercheurs appellent une « fatigue informationnelle » qui les conduit soit au désengagement politique, soit à l'adhésion aux narratifs les plus simples, précisément ceux que proposent les acteurs de la désinformation.

3. La création de dépendance cognitive et émotionnelle

L'emprise ne tient pas uniquement par la coercition. Elle s'appuie aussi sur la création d'une dépendance : la victime en vient à croire qu'elle ne peut survivre sans son agresseur, que le monde extérieur est dangereux, que seule cette relation la protège. Cette dépendance est à la fois matérielle (contrôle financier), sociale (isolement) et cognitive (destruction de la confiance en soi)¹¹.

Les régimes autoritaires cultivent cette même dépendance à l'égard du système qu'ils ont créé. La Chine a développé un écosystème numérique totalement fermé où les services occidentaux (Google, Facebook, Twitter, WhatsApp) sont inaccessibles, remplacés par leurs équivalents chinois (Baidu, WeChat, Weibo). Cette architecture n'est pas qu'un outil de censure : elle crée un environnement cognitif alternatif où l'existence même d'un internet mondial devient abstraite pour les citoyens chinois.

Plus subtilement, le système de crédit social chinois, qui évalue en permanence la « fiabilité » des citoyens en fonction de leurs comportements (y compris leurs activités en ligne), crée une relation de dépendance anxieuse au système. Comme la victime d'emprise qui surveille constamment les réactions de son partenaire pour adapter son comportement et éviter les « crises », le citoyen chinois intériorise la surveillance et s'autocensure.

Cette dépendance s'étend au-delà des frontières. Le déploiement mondial des infrastructures numériques chinoises (5G Huawei, applications comme TikTok, câbles sous-marins) crée progressivement une dépendance technologique qui complique toute velléité de contestation. Comme l'agresseur qui rend sa victime financièrement dépendante de lui, la Chine construit méthodiquement les conditions matérielles d'une subordination informationnelle mondiale.

4. L'inversion victimaire et la culpabilisation systématique

Dans l'emprise, l'agresseur se présente toujours comme la véritable victime. C'est lui qui souffre, qui est incompris, qui est « provoqué » par son/sa partenaire. Les violences qu'il inflige sont présentées comme des réactions légitimes aux comportements « inacceptables » de la victime. Cette inversion victimaire a un double effet : elle justifie la violence aux yeux de l'agresseur et culpabilise la victime, qui finit par se sentir responsable des agressions qu'elle subit¹².

Cette stratégie est au cœur de la rhétorique russe sur l'Ukraine. L'agression de février 2022 est systématiquement présentée comme une réponse défensive à une menace existentielle : expansion de l'Otan, « génocide » du Donbass, « nazification » de l'Ukraine. La Russie n'attaque pas : elle se défend. Les destructions qu'elle cause sont la faute de l'Occident qui « provoque » en armant l'Ukraine. Les civils tués sont des « acteurs de crise » engagés par Kiev pour discréditer l'armée russe.

Cette inversion atteint son paroxysme dans l'accusation récurrente selon laquelle ce serait l'Ukraine qui se bombarderait elle-même, ses propres maternités à Marioupol, ses propres centrales électriques, ses propres barrages, pour susciter l'indignation internationale. Exactement comme l'agresseur qui accuse sa victime de s'automutiler pour le faire accuser de violence.

Cette rhétorique victimaire n'est pas spécifique à la Russie. Elle structure le discours des régimes autoritaires qui se présentent systématiquement comme assiégés par un Occident hostile. L'Iran évoque le « complot sioniste », la Chine dénonce les « forces anti-chinoises étrangères », la Turquie d'Erdoğan fustige le « lobby du coup d'État ». Dans chaque cas, la répression interne est légitimée par une menace extérieure fantasmée, et les victimes réelles sont repositionnées comme agresseurs.

5. L'alternance tension/récompense et la désorientation stratégique

Le dernier mécanisme de l'emprise est peut-être le plus déroutant : l'alternance imprévisible entre violence et tendresse, humiliation et valorisation, menace et protection. Cette instabilité émotionnelle permanente désorganise les capacités d'anticipation de la victime et la maintient dans un état d'hypervigilance anxieuse. Les moments d'accalmie, loin de rassurer, deviennent des sources d'angoisse supplémentaire : quand va survenir la prochaine crise ?¹³

Cette stratégie d'alternance imprévisible est également un outil géopolitique classique. La Russie la pratique systématiquement dans sa relation avec l'Europe : provocations militaires (survols d'avions de combat, sous-marins dans les eaux territoriales) suivies de propositions de dialogue, coupures d'approvisionnement énergétique puis restauration des flux, cyber-attaques puis appels à la coopération sur la sécurité numérique.

L'objectif n'est pas d'obtenir une concession spécifique mais de maintenir les États européens dans un état d'incertitude stratégique permanente. Doit-on se préparer à l'affrontement ou privilégier le dialogue ? Faut-il sanctionner ou négocier ? Cette désorientation génère des divisions au sein des démocraties européennes (les « faucons » contre les « colombes ») et paralyse l'action collective. Exactement comme l'entourage d'une victime d'emprise se divise entre ceux qui conseillent de partir immédiatement et ceux qui espèrent que « ça va s'arranger ».

La Chine pratique une variante sophistiquée de cette stratégie avec Taiwan. Alternance de manœuvres militaires massives autour de l'île et de propositions d'intégration économique avantageuses, menaces d'invasion imminente et appels au dialogue sur la « réunification pacifique ». Cette politique du chaud et du froid vise à user les défenses psychologiques taïwanaises et à créer un climat de fatalité : tôt ou tard, l'intégration à la Chine sera inévitable, autant l'accepter dans les meilleures conditions possibles.

II. DE L'INTIME AU GÉOPOLITIQUE : TROIS ÉTUDES DE CAS

La Biélorussie : emprise totale et suppression de la réalité alternative

Le cas biélorusse illustre à quel point l'analogie emprise conjugale/emprise étatique peut être opératoire pour comprendre les dynamiques politiques. Après les élections contestées d'août 2020, le régime de Loukachenko fait face à une mobilisation populaire sans précédent. Des centaines de milliers de Biélorusses manifestent pacifiquement pendant des mois pour exiger sa démission.

La réponse du régime applique méthodiquement les cinq mécanismes de l'emprise. Isolation : coupures d'internet lors des manifestations, interdiction des médias indépendants, arrestation systématique des leaders d'opinion. Gaslighting : les manifestants sont qualifiés de « terroristes manipulés par l'étranger », les témoignages de torture sont démentis malgré les preuves médicales¹⁴. Dépendance : chantage économique sur les employés du public et parapublic qui manifestent. Inversion victimaire : Loukachenko se présente comme le protecteur du peuple contre les « tentatives de coup d'État occidentales ». Alternance : répression brutale suivie de propositions de « dialogue national » factices.

Cette stratégie culmine dans la « rééducation » forcée des détenus politiques, qui doivent non seulement avouer des crimes imaginaires mais aussi remercier le président pour sa « clémence ». Exactement comme l'agresseur qui exige de sa victime qu'elle reconnaisse avoir « provoqué » la violence et le remercie de ne pas l'avoir tuée. Le parallèle n'est pas métaphorique : c'est la même architecture cognitive, déployée à des échelles différentes.

Les opérations d'influence russes en France : capturer les imaginaires

Les campagnes russes en France depuis 2015 illustrent comment l'emprise peut opérer sans contrôle territorial, par simple manipulation de l'écosystème informationnel. L'objectif n'est pas de convaincre les Français d'adopter les positions du Kremlin, mais de désorienter suffisamment le débat public pour fragiliser la cohésion démocratique.

La stratégie combine les cinq mécanismes : isolation (création d'écosystèmes informationnels parallèles via RT France, Sputnik, réseaux conspirationnistes), gaslighting (prolifération de narratifs contradictoires sur les Gilets jaunes, la Covid-19, l'Ukraine), création de dépendance (financement opaque de partis politiques, de think tanks ou d'associations), inversion victimaire (la Russie présentée comme victime de l'agressivité de l'Otan), alternance (tantôt Poutine courtise Macron, tantôt il l'insulte publiquement).

L'efficacité de cette stratégie ne se mesure pas au nombre de Français « pro-russes » (ils restent très minoritaires) mais à la diffusion d'un scepticisme généralisé (« on ne peut croire personne », « tous les pays font pareil », « la vérité est quelque part au milieu »). Cet effondrement de la confiance épistémique, l'idée qu'il existe une réalité vérifiable et des sources fiables, est précisément l'état cognitif que l'emprise cherche à produire : une victime qui ne croit plus en rien et s'en remet par défaut au cadrage de l'agresseur.

Le contrôle narratif chinois sur Hong Kong : écraser la mémoire collective

L'écrasement du mouvement démocratique hongkongais (2019-2020) et l'imposition de la loi sur la sécurité nationale (30 juin 2020)¹⁵ offrent un cas d'école de transformation d'un espace de liberté en système d'emprise. En moins de quatre ans, Hong Kong est passé d'une société où la pluralité informationnelle était la norme à un régime de contrôle cognitif total.

Tous les mécanismes sont mobilisés simultanément. Isolation : fermeture des médias indépendants (Apple Daily en juin 2021, Stand News en décembre 2021)¹⁶, censure d'internet, réécriture des manuels scolaires. Gaslighting : les manifestations de 2019 sont rebaptisées « émeutes », la répression policière niée malgré les milliers de vidéos. Dépendance : chacun sait que sa carrière, son emploi, son accès aux services publics dépendent de sa « loyauté » au régime. Inversion victimaire : les démocrates emprisonnés sont présentés comme des « traîtres » manipulés par l'étranger. Alternance : vagues d'arrestations massives suivies de périodes d'accalmie pour que « l'économie reprenne ».

Mais le plus révélateur est le travail systématique d'effacement mémoriel. Les lieux de mémoire du mouvement démocratique sont détruits (Pillar of Shame, statue de Tiananmen), les commémorations interdites, les archives saisies. Comme l'agresseur qui détruit les photos de la vie d'avant pour que sa victime ne puisse plus se souvenir d'avoir été différente, le régime chinois efface méthodiquement toute trace d'un Hong Kong démocratique. L'objectif est que, dans dix ans, les jeunes Hongkongais n'aient aucun souvenir, aucune archive, aucune preuve que leur ville a été autre chose qu'une composante ordinaire de la République populaire de Chine.

III. SORTIR DE L'EMPRISE COLLECTIVE : IMPLICATIONS STRATÉGIQUES

L'insuffisance structurelle du fact-checking

Si la désinformation fonctionne comme une emprise, alors nos stratégies actuelles de lutte sont structurellement inadaptées. Le fact-checking, pilier de notre réponse, présuppose que les individus souhaitent avoir accès à une information fiable et qu'il suffit de leur fournir les faits corrects pour qu'ils ajustent leurs croyances. Or, c'est précisément ce que la littérature sur l'emprise invalide.

Une victime d'emprise à qui l'on présente des preuves de la violence de son partenaire ne réagit généralement pas par une prise de conscience libératrice. Elle active des mécanismes de défense : déni (« ce n'était pas si grave »), rationalisation (« il était sous pression »), retournement (« c'est moi qui l'ai provoqué »). Ces mécanismes sont inconscients et adaptatifs : accepter la réalité de l'emprise impliquerait de reconnaître avoir été manipulée pendant des années, d'affronter la honte, et de faire face à l'effondrement de son système de références¹⁷.

De même, confronter un individu immergé dans un écosystème conspirationniste à des fact-checks ne produit souvent qu'un renforcement des croyances initiales (phénomène du « backfire effect »)¹⁸. Le fact-checking est perçu comme une nouvelle manipulation, émanant de sources déjà disqualifiées par le narratif conspirationniste. Plus fondamentalement, sortir de l'écosystème informationnel alternatif impliquerait d'affronter une dissonance cognitive insupportable : reconnaître avoir été trompé par les sources auxquelles on fait confiance, admettre que ses convictions politiques reposent sur des faussetés, se retrouver isolé de sa communauté d'appartenance.

Cela ne signifie pas que le fact-checking est inutile. Mais il n'opère efficacement que sur les individus qui ne sont pas encore capturés par un système d'emprise informationnelle, exactement comme une campagne de sensibilisation sur les violences conjugales fonctionne mieux en prévention qu'en intervention sur des situations d'emprise installées.

Reconstruire un environnement informationnel sécurisant

La sortie d'emprise, dans le cadre conjugal, n'est presque jamais le résultat d'une prise de conscience soudaine. C'est un processus long, fragmenté, fait d'avancées et de reculs. Il nécessite surtout la reconstruction préalable d'un environnement sécurisant : un lieu où la victime peut se réfugier physiquement, des personnes en qui elle peut avoir confiance, des preuves matérielles qu'une autre vie est possible¹⁹.

Transposer cette approche aux stratégies de résilience cognitive implique de dépasser la seule logique du « debunking » pour construire des infrastructures informationnelles alternatives. Cela passe par plusieurs leviers. D'abord, le maintien ou la création d'espaces médiatiques réellement indépendants et pluralistes, notamment dans les langues des diasporas ciblées par les opérations d'influence (russe, mandarin, arabe). Ces médias ne doivent pas être perçus comme des outils de contre-propagande occidentale (ce qui les disqualifierait immédiatement) mais comme des espaces de débat authentique où les contradictions peuvent s'exprimer.

Ensuite, la protection et la valorisation des « tiers de confiance », ces acteurs sociaux (enseignants, médecins, bibliothécaires, animateurs associatifs) qui, dans les situations d'emprise conjugale, peuvent ouvrir un espace de parole et de doute salutaire. Dans le contexte informationnel, ces tiers de confiance sont les journalistes locaux (le journalisme local jouit d'un meilleur crédit que le journalisme national), les youtubeurs de vulgarisation scientifique, les influenceurs qui ont conservé leur crédibilité auprès des publics jeunes. Plutôt que de les instrumentaliser dans des campagnes de communication descendantes, il s'agit de leur donner les moyens matériels et juridiques de continuer leur travail d'information indépendante.

Enfin, la création de « refuges cognitifs » – des espaces, y compris physiques, où les individus peuvent temporairement s'extraire de l'écosystème informationnel toxique et expérimenter d'autres formes de rapport à l'information. Les bibliothèques publiques, les maisons de quartier, les universités populaires peuvent jouer ce rôle de lieux-ressources où l'on peut poser des questions sans être jugé, douter sans être ostracisé, et reconstruire progressivement un rapport critique mais non paranoïaque à l'information.

Le rôle des communautés dans la sortie d'emprise

Une victime d'emprise conjugale ne sort presque jamais seule de sa situation. Elle a besoin d'un entourage qui maintient le contact sans forcer, qui témoigne d'une réalité alternative sans juger, qui reste disponible malgré les rejets et les retours vers l'agresseur. Cette patience relationnelle est épuisante pour l'entourage, mais c'est elle qui, sur la durée, permet à la victime de conserver un lien avec un monde extérieur non toxique²⁰.

Transposée à l'échelle collective, cette approche invite à repenser nos stratégies vis-à-vis des populations capturées par des écosystèmes informationnels toxiques. Plutôt que de les stigmatiser comme « complotistes » ou « pro-russes » (ce qui revient à les renvoyer vers l'écosystème d'emprise en confirmant le narratif victimaire : « vous voyez, ils nous rejettent »), il s'agit de maintenir des ponts relationnels et informationnels.

Cela implique de former des acteurs sociaux (travailleurs sociaux, enseignants, policiers municipaux, élus locaux) non pas à « débunker » les fake news mais à reconnaître les mécanismes d'emprise informationnelle et à maintenir un lien de confiance avec les personnes concernées. Il ne s'agit pas de convaincre par l'argument rationnel (qui échoue face à l'emprise) mais de témoigner, par sa présence et sa constance, qu'un autre rapport au réel est possible.

Cette approche « communautaire » de la résilience cognitive s'oppose à la tentation techno-solutionniste qui voudrait que l'intelligence artificielle, les algorithmes de détection ou les sanctions des plateformes résolvent le problème. Ces outils ont leur utilité, mais ils ne peuvent remplacer le travail patient de reconstruction des liens sociaux que l'emprise a justement pour fonction de détruire.

La souveraineté cognitive individuelle : premier rempart de la démocratie

Si l'emprise fonctionne parce qu'elle s'attaque à des individus isolés et fragilisés, alors la résilience commence par la restauration de la souveraineté cognitive de chacun. Cette souveraineté n'est pas une compétence technique réservée aux experts, ni une forme d'hyper-vigilance paranoïaque : c'est la capacité fondamentale à exercer son jugement autonome, à reconnaître les tentatives de manipulation, et à protéger l'intégrité de son propre espace mental.

Concevoir son esprit comme un territoire – avec ses frontières, ses points de passage, ses zones à protéger – n'est pas une métaphore creuse. C'est une invitation à reprendre possession de ce qui nous appartient légitimement. Comme un pays surveille qui entre sur son territoire et avec quelles intentions, chaque individu peut développer une vigilance éclairée sur ce qui franchit ses frontières cognitives : quelles informations j'accepte, de quelles sources, dans quel état émotionnel, avec quel niveau de vérification ?

Cette souveraineté individuelle ne s'oppose pas à l'ouverture d'esprit ou à la curiosité intellectuelle. Au contraire : c'est précisément parce qu'on est souverain de son territoire mental qu'on peut se permettre d'accueillir des idées nouvelles sans craindre d'être submergé. L'emprise prospère sur la porosité inconsciente des frontières, pas sur leur perméabilité choisie. La différence entre les deux est celle qui sépare la vulnérabilité de l'hospitalité.

Exercer sa souveraineté cognitive au quotidien passe par des pratiques simples mais exigeantes. D'abord, cultiver la conscience de ses propres biais et vulnérabilités : dans quel état suis-je le plus réceptif aux narratifs anxiogènes ? Quels sont mes angles morts, ces sujets sur lesquels mon jugement devient moins fiable ? Quelles émotions me rendent perméable à la manipulation ? Cette auto-connaissance n'est pas un luxe introspectif : c'est la cartographie de ses propres failles défensives.

Ensuite, développer des rituels de vérification qui deviennent des réflexes protecteurs. Avant de partager une information qui suscite en moi une émotion forte (indignation, peur, enthousiasme), prendre le temps d'une pause cognitive : d'où vient cette information ? Qui la diffuse et dans quel but ? Quelles sources tierces confirment ou contredisent ? Cette discipline du doute méthodique n'est pas du scepticisme systématique : c'est l'exercice de sa souveraineté contre les tentatives d'infiltration émotionnelle.

Enfin, construire délibérément un écosystème informationnel diversifié. Comme un souverain qui ne consulterait qu'un seul conseiller deviendrait captif de sa vision, l'individu qui s'enferme dans une bulle informationnelle homogène abdique sa souveraineté. Exposer volontairement son territoire à des perspectives contradictoires, à des sources variées, à des arguments qui dérangent ses certitudes, c'est maintenir sa capacité de discernement par l'exercice constant du jugement comparatif.

Mais la souveraineté cognitive individuelle ne peut rester une affaire purement personnelle. Car l'emprise informationnelle, contrairement à l'emprise conjugale, ne cible pas seulement des individus isolés : elle vise le tissu social dans son ensemble. Chaque individu qui exerce sa souveraineté cognitive contribue à la résilience collective. Chaque personne qui refuse de relayer un narratif toxique, qui maintient un espace de dialogue rationnel, qui témoigne qu'une autre relation à l'information est possible, agit comme un point de résistance dans le réseau social.

C'est là le paradoxe apparent : la résilience des démocraties face à la guerre cognitive ne peut être imposée d'en haut par des politiques publiques, aussi bien conçues soient-elles. Elle émerge de la somme des souverainetés individuelles consciemment exercées. Comme une forêt résiste mieux aux incendies quand chaque arbre est sain, une société résiste mieux aux manipulations informationnelles quand ses membres individuels ont développé leurs défenses cognitives.

Cette approche « par le bas » de la résilience cognitive ne dispense pas l'État de ses responsabilités (réguler les infrastructures informationnelles, protéger le pluralisme médiatique, sanctionner les manipulations). Mais elle reconnaît que sans citoyens souverains de leur propre espace mental, toutes les politiques publiques resteront inefficaces. On ne peut pas protéger de l'emprise des individus qui ne se reconnaissent pas comme souverains de leur propre territoire cognitif.

L'enjeu est donc aussi éducatif : comment former à la souveraineté cognitive ? Pas par des cours magistraux de « media literacy » qui présupposent que le problème est un déficit de compétences techniques. Mais par l'accompagnement au développement d'une posture de vigilance éclairée, de confiance en son propre jugement, de capacité à douter sans sombrer dans le scepticisme paralysant. Former à la souveraineté cognitive, c'est former à l'exercice quotidien de son autonomie intellectuelle.

Cette dimension individuelle n'est pas secondaire par rapport aux enjeux géopolitiques ou institutionnels. Elle en est le fondement. Car au bout du compte, la guerre cognitive se joue dans des milliards d'esprits individuels. Chaque territoire mental qui résiste, chaque souveraineté cognitive qui s'exerce, chaque individu qui refuse l'emprise, est une victoire pour la démocratie. Non pas au sens héroïque et grandiose, mais au sens patient et quotidien : celui d'une liberté préservée, un esprit à la fois.

Souveraineté informationnelle et autonomie cognitive

Si l'emprise repose sur le contrôle monopolistique de l'environnement informationnel, alors la résilience cognitive des démocraties passe par la préservation de leur souveraineté informationnelle. Cela suppose d'abord de réguler les infrastructures techniques qui façonnent notre espace informationnel : qui possède les câbles sous-marins, les data centers, les algorithmes de recommandation, les satellites de communication ? La dépendance croissante de l'Europe vis-à-vis d'acteurs extérieurs (américains ou chinois) dans ces domaines crée les conditions structurelles d'une vulnérabilité informationnelle.

Mais la souveraineté informationnelle ne se réduit pas à des enjeux d'infrastructures. Elle implique aussi une capacité collective à produire nos propres récits, nos propres cadres d'interprétation du monde, plutôt que de se contenter de réagir aux narratifs imposés par d'autres puissances. La guerre cognitive contemporaine n'est pas seulement défensive (se protéger de la désinformation adverse) : elle est aussi offensive, au sens noble du terme, c'est-à-dire qu'elle nécessite de projeter une vision du monde, des valeurs, des imaginaires qui soient attractifs et mobilisateurs.

Cette dimension offensive de la souveraineté cognitive pose toutefois un défi spécifique aux démocraties libérales : comment produire un récit collectif cohérent sans tomber dans la propagande d'État ? Comment construire une résilience informationnelle sans reproduire les mécanismes d'emprise que nous dénonçons ? C'est précisément parce que les démocraties refusent le monopole étatique sur la production de sens qu'elles sont structurellement plus vulnérables aux stratégies d'emprise informationnelle. Mais c'est aussi ce refus qui les rend, à terme, plus robustes : une société pluraliste, où coexistent des sources d'information multiples et contradictoires, est plus difficile à capturer qu'une société monolithique.

L'enjeu est donc de préserver cette pluralité tout en développant suffisamment de cohésion informationnelle pour résister aux agressions cognitives. C'est un équilibre difficile, comparable à celui que doit trouver l'entourage d'une victime d'emprise : ni accepter le discours de l'agresseur, ni imposer autoritairement sa propre interprétation du réel, mais créer les conditions d'un doute salutaire et d'une reconstruction progressive de l'autonomie de jugement.

CONCLUSION : LA GUERRE COGNITIVE COMME VIOLENCE DE L'INTIME

La transposition des mécanismes d'emprise conjugale aux stratégies de manipulation informationnelle n'est pas un simple exercice d'analogie. Elle révèle une continuité dans les formes de domination cognitive, de l'échelle interpersonnelle à l'échelle géopolitique. Cette continuité suggère que les vulnérabilités exploitées sont les mêmes : notre besoin de cohérence narrative, notre aversion à la dissonance cognitive, notre dépendance aux figures d'autorité, notre difficulté à reconnaître que nous avons été manipulés.

Comprendre la guerre cognitive comme une forme d'emprise collective transforme nos façons de penser la résilience. Cela nous oblige à dépasser les approches purement informationnelles (fact-checking, media literacy) pour intégrer les dimensions psychologiques et relationnelles de la sortie d'emprise. Cela nous invite aussi à une forme d'humilité stratégique : si les victimes d'emprise conjugale peuvent mettre plusieurs années à sortir de leur situation, combien de temps faudra-t-il aux sociétés capturées par des écosystèmes informationnels toxiques pour retrouver leur autonomie cognitive ?

Cette perspective ne doit pas conduire au fatalisme. Elle suggère au contraire que nous disposons déjà, dans le champ de l'accompagnement des victimes d'emprise, d'un corpus de savoirs et de pratiques qui peuvent inspirer nos stratégies de résilience collective. Maintenir des liens avec les personnes éloignées de la réalité partagée, créer des espaces de refuge cognitif, témoigner patiemment qu'une autre relation au réel est possible : ces pratiques cliniques peuvent et doivent informer nos politiques publiques de lutte contre la manipulation informationnelle.

Car au fond, qu'il s'agisse d'un couple ou d'une nation, l'emprise repose sur la même prémisse : détruire la capacité de la victime à imaginer qu'une autre vie est possible. Et c'est précisément en préservant cette capacité d'imagination, cette confiance en la possibilité d'un monde commun qui ne soit pas une prison cognitive, que nos démocraties pourront résister aux stratégies d'emprise qui les ciblent. La guerre cognitive est aussi, et peut-être d'abord, une lutte pour préserver notre capacité collective et individuelle à croire qu'une sortie de l'emprise est possible.

Guillaume Chillet ©2026

Auteur du Petit Traité de Souveraineté Cognitive

Psychologue – www.guillaumechillet.fr

 

ÉLÉMENTS DE BIBLIOGRAPHIE

SUR L'EMPRISE ET LES VIOLENCES PSYCHOLOGIQUES

HERMAN, Judith, Trauma and Recovery: The Aftermath of Violence – From Domestic Abuse to Political Terror, New York, Basic Books, 1992.

HIRIGOYEN, Marie-France, Le harcèlement moral : la violence perverse au quotidien, Paris, La Découverte & Syros, 1998.

SALMONA, Muriel, Le livre noir des violences sexuelles, Paris, Dunod, 2013.

STARK, Evan, Coercive Control: How Men Entrap Women in Personal Life, Oxford, Oxford University Press, 2007.

STERN, Robin, The Gaslight Effect: How to Spot and Survive the Hidden Manipulation Others Use to Control Your Life, New York, Harmony Books, 2007.

WALKER, Lenore E., The Battered Woman Syndrome, New York, Springer, 1984.

SUR LA GUERRE INFORMATIONNELLE ET LA DÉSINFORMATION

BAUD, Jacques, Gouverner par les fake news : L'imposture de la liberté d'expression, Paris, Max Milo, 2020.

CHAUVANCY, François, « La guerre cognitive, l'arme de déstabilisation massive », RDN, n° 837, février 2021.

COLON, David, Les maîtres de la manipulation : un siècle de persuasion de masse, Paris, Tallandier, 2021.

PAUL, Christopher et MATTHEWS, Miriam, « The Russian "Firehose of Falsehood" Propaganda Model », Santa Monica, RAND Corporation, Perspective PE-198, 2016.

POMERANTSEV, Peter, This Is Not Propaganda: Adventures in the War Against Reality, Londres, Faber & Faber, 2019.

WARDLE, Claire et DERAKHSHAN, Hossein, Information Disorder: Toward an interdisciplinary framework for research and policymaking, Strasbourg, Conseil de l'Europe, 2017.

SUR LA PSYCHOLOGIE COGNITIVE ET LES BIAIS

FESTINGER, Leon, A Theory of Cognitive Dissonance, Stanford, Stanford University Press, 1957.

KAHNEMAN, Daniel, Système 1 / Système 2 : Les deux vitesses de la pensée, Paris, Flammarion, 2012.

NYHAN, Brendan et REIFLER, Jason, « When Corrections Fail: The Persistence of Political Misperceptions », Political Behavior, vol. 32, n° 2, 2010, p. 303-330.

SUR LA RUSSIE ET LA CHINE

ARON, Léon (dir.), Putin's Russia: How It Rose, How It Is Maintained, and How It Might End, Washington DC, American Enterprise Institute, 2015.

GALEOTTI, Mark, We Need to Talk About Putin: Why the West Gets Him Wrong, and How to Get Him Right, Londres, Ebury Press, 2019.

LINK, Perry, « China: From Famine to Oslo », The New York Review of Books, 13 janvier 2011.

ROBERTS, Margaret E., Censored: Distraction and Diversion Inside China's Great Firewall, Princeton, Princeton University Press, 2018.

NOTES

¹ Sur l'emprise comme mécanisme psychologique, voir HIRIGOYEN, Marie-France, Le harcèlement moral : la violence perverse au quotidien, Paris, La Découverte & Syros, 1998 ; STARK, Evan, Coercive Control: How Men Entrap Women in Personal Life, Oxford, Oxford University Press, 2007.

² Les données sur la durée moyenne de sortie d'emprise varient selon les études, mais la plupart des travaux cliniques indiquent un processus de plusieurs années. Voir WALKER, Lenore E., The Battered Woman Syndrome, New York, Springer, 1984.

³ HERMAN, Judith, Trauma and Recovery: The Aftermath of Violence – From Domestic Abuse to Political Terror, New York, Basic Books, 1992, p. 77-78.

⁴ Loi fédérale russe n° 121-FZ « sur les agents de l'étranger » adoptée le 20 juillet 2012, imposant l'enregistrement et l'étiquetage des ONG recevant des financements étrangers.

⁵ Loi fédérale russe n° 129-FZ du 23 mai 2015 permettant au procureur général de déclarer « indésirables » les organisations étrangères jugées menaçantes pour la sécurité nationale.

⁶ Données du Levada Center (centre de recherche indépendant russe), enquête « Sources d'information des citoyens russes », décembre 2024. La consommation de télévision d'État atteint 65% pour l'ensemble de la population et 85% pour les plus de 55 ans.

⁷ STERN, Robin, The Gaslight Effect: How to Spot and Survive the Hidden Manipulation Others Use to Control Your Life, New York, Harmony Books, 2007.

⁸ Les différentes versions russes sur le MH17 sont documentées par StopFake.org, EUvsDisinfo, et le rapport de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (PACE) « Flight MH17 was downed over Ukraine », Doc. 15381, 23 septembre 2022.

⁹ PAUL, Christopher et MATTHEWS, Miriam, « The Russian "Firehose of Falsehood" Propaganda Model », Santa Monica, RAND Corporation, Perspective PE-198, 2016.

¹⁰ POMERANTSEV, Peter, This Is Not Propaganda: Adventures in the War Against Reality, Londres, Faber & Faber, 2019. La citation est une reformulation synthétique de l'argument central de l'ouvrage.

¹¹ STARK, Evan, op. cit., p. 229-256, décrit la dépendance comme l'un des quatre piliers de la « coercition coercitive » (coercive control).

¹² Sur l'inversion victimaire, voir HIRIGOYEN, Marie-France, op. cit., p. 118-125.

¹³ WALKER, Lenore E., op. cit., décrit le « cycle de la violence » caractérisé par l'alternance entre phases de tension, explosion violente, et lune de miel.

¹⁴ Amnesty International, « Belarus: Systematic beatings and torture of detainees laid bare », 15 septembre 2020 ; Human Rights Watch, « Belarus: Systematic Beatings, Torture of Protesters », 15 septembre 2020.

¹⁵ La loi sur la sécurité nationale à Hong Kong a été adoptée le 30 juin 2020 par le Comité permanent de l'Assemblée nationale populaire chinoise.

¹⁶ Apple Daily a cessé sa publication le 24 juin 2021 après l'arrestation de ses dirigeants et le gel de ses actifs. Stand News a fermé le 29 décembre 2021 après des perquisitions et arrestations.

¹⁷ SALMONA, Muriel, Le livre noir des violences sexuelles, Paris, Dunod, 2013, p. 128-145, sur les mécanismes de sidération et de dissociation traumatique.

¹⁸ NYHAN, Brendan et REIFLER, Jason, « When Corrections Fail: The Persistence of Political Misperceptions », Political Behavior, vol. 32, n° 2, 2010, p. 303-330.

¹⁹ HERMAN, Judith, op. cit., p. 155-174, sur les étapes de reconstruction après un traumatisme.

²⁰ Ibid., p. 133-154, sur l'importance du soutien communautaire dans la guérison traumatique.

 

Précédent
Précédent

30 secondes : le temps qu’il faut pour que votre indignation ne survive pas à un chat qui danse

Suivant
Suivant

Conférence MBDA : Défendre le territoire que personne ne voit